Des soviets à Saclay ?

Publié le par mai

saclay.jpgPremier bilan d’une expérience de conseils ouvriers au Commissariat à l’énergie atomique
exposé par Jacques Pesquet

 
Introduction
 
Le mois de mai 1968 n'a pas manqué de richesse en actions, en nouveautés organisationnelles de toutes sortes, en initiatives audacieuses inimaginables un mois plus tôt. C'est qu’un mouvement de masse, qui secoue toute la société jusque dans ses fondements, ne peut pas être marqué de conformisme: toutes les règles et lois ont été violées, les autorité bafouées, les défenseurs de traditions insultés. Mai 1968 a donné un avant-goût de ce que serait la prochaine révolution française.
Mais une révolution n'est pas seulement affaire d'imagination; sa préparation exige beaucoup de travail à tous les niveaux, depuis la recherche d'un programme jusqu'à la construction d’organisations ad hoc. C'est bien pourquoi nous ne saurions nous en tenir à la simple collection des affiches, des photographies et des journaux; ni nous laisser prendre au jeu plus ou moins sordide de certains éditeurs qui mettent sur papier glacé les bons mots et les taches de sang. Ceux qui se sont battus, sur les barricades ou dans les usines, ne demandent pas qu'on leur serve du pittoresque ou du sensationnel. C'est un bilan qu'il faut dresser. Ce sont des perspectives qu'il faut ouvrir.
C'est dans cet esprit que nous communiquons à nos camarades de combat, particulièrement à tous ceux que les directions syndicales ont détournés des objectifs initiaux de leur lutte et qui en ont conscience, une expérience originale faite au Centre d'études nucléaires de Saclay et plus généralement au Commissariat à l'énergie atomique. Ainsi espérons-nous apporter quelque chose; un exemple qui peut-être sera repris demain par des millions de travail1eurs au cours d'une prochaine étape à notre vis inévitable. Nous pensons même que les délais dont nous disposons pour que s'amorce une ·vaste confrontation d'expériences sont très courts et que nous risquons fort d'être pris dans un nouveau tourbillon sans avoir pu faire le point, sans avoir pu assimiler les leçons de ce mois de mai, sans avoir· pu nous préparer à un nouveau combat fatalement plus dur que le précédent.
Des conseils élus dans chaque service sont aujourd'hui en place au CEA. Ne s'inscrivent-ils pas dans la tradition des comités de fabrique et d'atelier qui virent le jour dès le siècle dernier? Ne sont-ils pas une préfiguration des conseils ou comités ouvriers qui demain contrôleront toute la production? Peut-être avons-nous trouvé, au CEA, à plusieurs milliers, un nouveau style d'école de la démocratie ?

« Cahiers libres » 127, Paris, François Maspero, 1968
 

Commenter cet article