Le Mai des féministes - Résumé des communications -2

27  mai 2008
3ème table-ronde : « 40 ans après : quelles résonances ?

Quelles transmissions générationnelles ?

Pour quels engagements féministes aujourd’hui ? »

 

 

·        Danielle Michel-Chich : modératrice, journaliste-auteure

 

Dernier livre paru :

« Thérèse Clerc : Antigone aux cheveux blancs » (Biographie), Ed. des Femmes, déc. 2007.

·        Françoise Collin :  

Le mouvement féministe des année 7O a permis la constitution d’un lien à la fois effectif et symbolique entre les femmes s’interpellant mutuellement, que ce soit dans l’accord ou dans le désaccord. Ce lien concerne désormais aussi le rapport générationnel .Une tradition, qui est une « tradition du nouveau » s’invente aujourd’hui. Car si, comme le formulait Hannah Arendt, « l’héritage est sans testament », c’est à dire sans dictat, il n’en est pas moins un héritage à assumer et à  faire fructifier, au sein même du monde commun et pour le rendre  effectivement commun.

 

               Livres : Ecrivain et philosophe, elle a fondé en I973 la revue féministe Les Cahiers du GRIF (1973-1996).
               A introduit et fait connaître la pensée de Maurice Blanchot et celle de Hannah Arendt.
              Elle a publié entre autres :

 

            « On dirait une ville »récits, Ed. des Femmes, 2008.
            « Parcours féministe » Ed. Labor, 2006.
            « Repenser le politique" anthologie de philosophes américaines, Ed. Campagne Première, 2005.
            « Le différend des sexes », Ed. Pleins Feux, 1999.
            « Hannah Arendt, l'Homme est-il devenu superflu ? », Ed. Odile Jacob, 1999.
              « Les femmes de Platon à Derrida » en collaboration, Ed. Plon, 1999.


 

 

·        Association Groupe d’intérêt pour le Matronyme : « Un combat frais comme une rose de mai : l’impensée subversivité du matronyme. A double voix : Guyonne Duvauferrier, Professeure  et Sandra Frey, Politologue

 

Le matronyme serait-il au cœur de l’impensé (G. Fraisse) du patriarcat (C. Delphy) ? En effet, les luttes féministes des années 70 n’ont pas revendiqué le droit de transmettre leur nom d’Etat civil à celui de leurs enfants même dans les unions licites. Lorsque les femmes transmettent alors leur nom, cet acte reste entaché de valeur négative pour ne pas dire de honte sociale associée à une naissance hors mariage. L’émancipation portait plutôt sur le droit des femmes à « garder » leur nom pendant le mariage ou à ne pas se marier, mais pas sur celui du nom de leurs enfants. Longtemps, nombre de femmes indépendantes mettront même un point d’honneur à ce que leurs enfants portent le nom de leur géniteur afin de montrer selon elles, qu’elles ne sont  ni « fille-mère » ni « mère célibataire » mais émancipées de leur conjoint. Ce n’est pas un hasard s’il faut attendre le milieu des années 80 et la première génération d’enfants massivement nés hors mariages et assumés comme tels par leur mère pour voir apparaître un certain intérêt pour cette question sans nommément fonder la légitimité féministe de l’héritage : le matronyme. Pourtant le poids, le sens, la charge sociale et historique qui entoure la question de la dénomination identitaire des individus, le fondement de la règle de dévolution patriarcale aurait dû porter à prendre conscience de la force du matrimoine comme contre-levier à l’oppression des femmes.

 

Présentation des activités de l’association : Le Groupe d’Intérêt pour le Matronyme, Matrimoine-Parité-Civilité est une association qui se reconnaît des valeurs du courant féministe radical matérialiste.

L’association défend le capital, les ressources et le concept subversif du matrimoine - d’autant le poids d’un quelconque patrimoine. Elle entend défendre la parité qualitative et féministe entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la société, la citoyenneté des femmes, leur insertion et leur respect dans la société, particulièrement concernant les dénominations qui leur sont octroyées. Pour le Groupe d’Intérêt pour le Matronyme, les femmes n’ont pas à subir le qualificatif que des tiers revendiquent de leur imposer, ni les règles usuelles, anciennes et illégales qui y prévalent. Et si la loi venaient à corroborer de telles pratiques, le Groupe d’Intérêt pour le Matronyme mène des actions de lobbying pour faire changer ces lois, jusqu’à ce qu’elles soient non sexistes, donc égalitaires, donc conforme aux lois internationales, européennes et constitutionnelles en vigueur.

Son statut juridique est ainsi rédigé : Le Groupe d’Intérêt pour le Matronyme a pour objet de défendre et promouvoir le matronyme en France, notamment par voie juridique et législative, ainsi que l’application de la parité et de l’égalité entre les femmes et les hommes dans leur désignation, leur dénomination, leur transmission, dans les concepts identificatoires et leurs signifiants linguistiques, conformément aux textes législatifs, chartes ou traités internationaux en vigueur. 

 

Livres : Frey, Sandra :

« La dimension du genre dans l'engagement politique local. Enquête dans l'Hérault » Lille : Atelier National des Thèses.

Chapitre d’Ouvrage :

« Les TIC dans l’administration »,in Pascal Lardellier, Philippe Ricaud, Dir., Réseaux pensants, pour comprendre la société numérique, Dijon : EUD, 2007, pp. 39-50

« Lorsque la réinsertion professionnelle des femmes se joue sur la scène politique », in Erika Flahaut, « ’insertion professionnelle des femmes. Entre contraintes et stratégies d’adaptation » Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

« Les usages et de l’utilité du genre dans la recherche en sciences sociales », in Genre et rapports sociaux de sexe. Les enjeux contemporains de la recherche, Montpellier : Publications de l’Université Paul Valéry, pp. 29-49, 2006.

« Méthodologie de recherche : la dimension du genre dans l’engagement politique local », in Pour une valorisation de la recherche et les rapports sociaux de sexe, Mission égalité entre les femmes et les hommes, Montpellier : Université de Montpellier III, pp. 157-158.

 

 

·        Collectif contre le publisexisme. A double voix : Colyne, Laëtitia, Leïla ou Anita

 

Le Collectif contre le publisexisme, né à l'automne 2001 à Paris, est un groupe féministe qui lutte contre les images exposées dans l'espace public et qui exploitent les clichés sexistes, les stéréotypes de genre ou encore le modèle unique de l'hétérosexualité - ces images relèvent d’un phénomène que nous appelons « publisexisme ». Nous dénonçons aussi les jouets sexistes, lors d'une campagne annuelle à Noël qui réunit plusieurs groupes féministes.

 

Livre :

Nous avons participé à l'édition du livre « Contre les jouets sexistes » paru en novembre 2007 aux Editions L'Echappée, un prolongement des réflexions et des actions développées lors des campagnes contre les jouets sexistes.

 

 

·        Les Insoumis-es

 

Les Insoumis-es est une association féministe mixte, qui lutte contre les violences envers les femmes, contre le machisme et contre toutes les formes de discriminations.

 

Les Insoumises-es sont né-es en juin 2007, suite à la nomination de Fadela Amara, alors présidente de Ni Putes Ni Soumises, au poste de secrétaire d’Etat à la politique de la ville. Ainsi un groupe de militantes et plusieurs comités locaux dénonçant le manque d’indépendance et de transparence dans les organes délibérants de NPNS ont décidé de se réunir et de créer un groupe indépendant.

 

Les Insoumis-es ont pour objet d’intervenir dans les quartiers populaires afin d’y promouvoir l’égalité, la laïcité, la mixité et le respect.

 

C’est pourquoi nous avons créé une radio pour être un porte-voix. Celui de toutes les associations féministes, laïques et/ou de quartiers, qui font un travail remarquable et dont on entend trop peu parler. Pour contribuer à produire un débat de qualité sous forme de podcast disponible gratuitement et accessible à tous sur internet. Pour continuer à libérer la parole mais aussi agiter l’opinion publique dans le sens de solutions pour tous. Parce que les femmes en situation de crise sont toujours les 1ères victimes, nous nous devons de donner la parole à ces femmes, de défendre leurs droits et de soutenir toutes les initiatives émancipatrices.

   

 

·        Association Efigies : « Pratiques et identités féministes : transmission ou invention ? ». A double voix : Liane Henneron, doctorante en sociologie (EHESS), Ane-Claire Emo, doctorante en psychologie sociale CNAM

 

40 ans après mai 68, le processus de transmission générationnelle se traduit pour les jeunes féministes par la réappropriation de certaines pratiques, mais aussi par une mise à distance critique nécessaire à l'épanouissement de nouveaux modes militants. Par ailleurs, au-delà d'un

engagement, le féminisme est constitutif de l'identité. Ce préalable permet d'envisager un certain nombre d'hypothèses concernant la problématique de l'in-transmission.

Livres :

« Transmission. Savoirs féministes et pratiques pédagogiques » (Actes des journées d’étude CEDREF-EFIGIES 27-28 mai 2005) dans Les Cahiers du CEDREF, Université Paris 7-Denis Diderot.

Publication collective EFIGIES en ligne sur le site du RING :

http://www.univ-paris8.fr/RING/activités/rerncontres.euro/efigies.html

 

 

·        Association La Barbe : un groupe d’action féministe d’un drôle de genre. A double voix : Marie de Cernival et Mathilde Cannat ou Alix Béranger

Objectifs : Le pouvoir des femmes :

Elles ont choisi l’humour et pas la guerre. Les membres du groupe d’action féministe « La Barbe » créé en mars 2008 ont décidé,  garnies de barbes postiches, d’investir tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux de pouvoir des hommes pour rendre « visibles et ridicules » les situations d’inégalité entre hommes et femmes. A leur actif notamment en quelques semaines : l’escalade de la Statue de la République  pour affubler une des 3 femmes (Liberté, Egalité, Fraternité)  d’une belle barbe ; l’invasion des  Assemblées Générales de Carrefour (une seule femme au CA de 18 membres : Anne Claire Taittinger) et du CNCC (gérants de l’immobilier et de la distribution, 29 hommes pour une femme, Mireille Bracq) pour les féliciter et les encourager à continuer à respecter « l’ordre naturel ». En février elles s’étaient fait dédicacer par Eric Zemmour  « leur première victime expiatoire » son ouvrage « Le premier sexe » dont elles disent s’être inspirées pour - comme lui - « lutter contre la féminisation de la société » … en portant des poils postiches.


Amener les femmes à se représenter les privilèges des hommes, à s’imaginer prendre leur place, à désirer le pouvoir par principe.

 

Tourner en dérision les attributs du « genre » et leur signification sociale et politique.
Stratégie : rendre visibles, et ridicules, les situations d’inégalité d’accès aux postes de pouvoir, de prise de pouvoir sexistes, d’abus de pouvoir masculins, d’abandon du pouvoir aux hommes, etc. Méthode : investir les lieux du pouvoir en portant des fausses barbes.

Site : www.labarbelabarbe.org

 

 

·        Natacha Chetcuti : Le récit « magique » du néolibéralisme, backlash et naturalisation des sexes/genres.  Quelles résistances d’un point de vue lesbien et féministe ?

 

Les mouvements lesbiens des années 1980, sous l’impulsion des féminismes des années 1970, ont permis une avancée sociale dans une critique radicale de l’organisation sociale de la sexualité (l’hétérosocialité) et de son corollaire la catégorisation de sexe/genre. Plusieurs tendances ont existé et ont donné naissance à une culture lesbienne jusque-là marginalisée et invisibilisée. Cette culture a émergé à partir d’un point de vue du sujet minoritaire, politisée, déplaçant la notion restrictive de sexualité vers celle d’une position ex/centrée, « ex/centrique », imaginative et créatrice de nouveaux liens sociaux entre lesbiennes et entre femmes. Dans le contexte néolibéral actuel, qui vise à anéantir la conscience politique des dominé-e-s en effaçant artificiellement et fictivement les inégalités sociales de sexe, de race et de classe sociale, comment est-il possible de penser, voire de renverser le caractère régressif de la promesse/performance libérale et une de ses conséquences : le maintient à leur place assignée des femmes ou l’in/conscience des domin-é-e-s ?

Livres :

« Monique Wittig, La tragédie et l’amour », Le corps Mangeant, Corps/ En collaboration avec Maria-Teresa Amaral, Revue interdisciplinaire, N°4, CNRS, ed. Dilecta, mars 2008.

« Trois pas en avant, deux pas en arrière ! Réflexions autour d’une enquête en France », dir. Natacha Chetcuti et Maryse Jaspard, L’Harmattan, Paris, 2007.

« Lesbianisme et féminisme », dir. Natacha Chetcuti et Claire Michard, L’Harmattan, Paris, 2003.

« Se nommer au coeur du dispositif sexe/genre », in Christa Duma (dir.) Genre et transgression. Par-delà les injonctions … un défi ?, Presses Universitaires de Montpellier. (à paraître), 2008.

« Sexe/genre/sexualité : une histoire des concepts », in Diversité des féminismes, Presses Universitaires de Bruxelles. (à paraître), 2008.

« Violences physiques faites aux femmes et crimes contre l’humanité », (dir.) Natacha Chetcuti et Maryse Jaspard, Violences envers les femmes : « Trois pas en avant, deux pas en arrière ! ». Réflexions autour d’une enquête en France, L’Harmattan, Paris, 2007.

« Corps programmés / Corps à inventer », dir. Bruno Perreau et Françoise Gaspard, Le choix de l’homosexualité : Recherches inédites sur la question gay et lesbienne. Ed. Eppel, Paris, 2007.

« Sexualités lesbiennes : analyse du rapport entre sexe/genre et sexualité », in Penser le sexe de l’utopie à la subversion ?dir. EROSS, Les cahiers de l’IRSA, Institut de recherches sociologiques et anthropologiques, Université Paul Valéry - Montpellier III, 2004.

« Au-delà des apparences : lesbianisme et catégorisation de sexe », in Nouvelles Questions Féministes, N°1, Lausanne, en collaboration avec Céline Perrin, 2002.

  • Monika Karbowska

Militante féministe européenne, animatrice du Réseau d’Alternatives Féministe REZAF

 

Le Réseau d’Alternatives Féministes est né avec le mouvement altermondialiste européen : il a été créé en tant que « camping féministe non-mixte » au rassemblement altermondialiste contre le G8 à Annemasse en juin 2003. Depuis 5 ans à Paris le REZAF anime un Groupe de Conscience féministe. Ce groupe ce considère comme héritier de pratiques d’analyses féministes des années 70, en particulier la mise en œuvre du principe « Le privé est politique ». Des thèmes anciens toujours d’actualité y sont abordés, comme les pratiques sexuelles hétérosexuelles, les normes sexuées et leur imposition par la société, les relations y compris sexuelles avec les femmes, la prostitution… De nouveau sujet émergent aussi comme le pouvoir du publisexisme, la pornographie et le fondamentalisme religieux. Le féminisme n’est pas mort et mène à tout : par exemple, un groupe créé pour améliorer la sexualité de chacune peut mener à des chosesi complètement inattendues, comme à celle de faire de la politique…

 

Textes publiés

« Histoire récente de la laïcité en Pologne », « Domination de l’Eglise et montée de l’extrême droite », revue Pro Choix, juillet 2006

« Le projet de Constitution Européenne, un piège pour les femmes d’Europe Centrale et Orientale », www.sisyphe.org

« Travail, capitalisme et migrations sur les îles grecques – un carnet de voyage », 28 septembre 2008, www.avenirdattac.net